1er novembre 1954 : ce que commémore l'Algérie
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Chaque année, le 1er novembre, l'Algérie commémore le déclenchement de sa guerre de libération. Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, un mouvement encore inconnu, le Front de libération nationale (FLN), mène des actions armées coordonnées à travers le pays et diffuse un appel au peuple algérien. En France, l'événement passe presque inaperçu et prend le nom de « Toussaint rouge ». En Algérie, il devient l'acte de naissance de la lutte qui mènera à l'indépendance, huit ans plus tard.
Voici ce qui s'est passé cette nuit-là, qui en étaient les acteurs, ce que disait la proclamation du FLN et pourquoi cette date reste au cœur de la mémoire algérienne, en Algérie comme dans la diaspora.
Un seul héros : le peuple
Notre collection Ali la Pointe rend hommage à celles et ceux qui ont porté la lutte pour l'indépendance. Chaque illustration est dessinée puis peinte à la main en France par notre artiste, Fanny Illustration.
L'Algérie en 1954 : un pays colonisé depuis 1830
En 1954, l'Algérie est française depuis plus d'un siècle et divisée en départements. La société y est profondément inégalitaire : environ huit millions d'Algériens musulmans relèvent d'un statut d'« indigène », face à près d'un million de citoyens français. Les écarts de droits, de revenus et d'accès à l'éducation sont considérables.
Le nationalisme algérien n'est pas né en 1954. Il s'est structuré depuis l'entre-deux-guerres, avec l'Étoile nord-africaine puis le Parti du peuple algérien (PPA), fondé en 1937, et son prolongement légal, le MTLD. Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata en mai 1945 ont convaincu une partie des militants que la voie légale était sans issue.
Au début des années 1950, le MTLD se déchire entre partisans de Messali Hadj et membres de son comité central. Une poignée de militants, issus pour beaucoup de l'Organisation spéciale (la branche armée clandestine du parti), refuse de choisir un camp et décide de passer à l'action. La défaite française en Indochine, au printemps 1954, renforce leur conviction que la puissance coloniale peut être mise en échec.
Du CRUA au FLN : les hommes du 1er novembre
Au printemps 1954, autour de Mohamed Boudiaf, ces militants fondent le Comité révolutionnaire d'unité et d'action (CRUA). Au cours de l'été, une réunion clandestine à Alger, restée dans l'histoire comme la « Réunion des 22 », décide du principe de l'insurrection armée.
Une direction de six hommes est chargée de la préparer, chacun responsable d'une zone :
- Mostefa Ben Boulaïd : les Aurès ;
- Mourad Didouche : le Constantinois ;
- Krim Belkacem : la Kabylie ;
- Rabah Bitat : l'Algérois ;
- Larbi Ben M'hidi : l'Oranie ;
- Mohamed Boudiaf : coordination.
Au Caire, Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider et Hocine Aït Ahmed forment la délégation extérieure. Avec les six de l'intérieur, ils sont aujourd'hui appelés les « neuf chefs historiques ». En octobre 1954, le mouvement adopte le nom qu'il gardera jusqu'à l'indépendance : Front de libération nationale.
La nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954
Peu après minuit, des groupes armés passent à l'action simultanément dans plusieurs régions. Les décomptes varient selon les historiens : on parle de plusieurs dizaines d'actions dans une trentaine de lieux. Elles visent des casernes, des gendarmeries, des postes de police, des dépôts et des infrastructures.
Les attaques sont plus nombreuses dans les Aurès et en Kabylie qu'ailleurs. Dans les Aurès, des positions militaires sont visées à Batna, Khenchela et Biskra. Des actions ont aussi lieu dans l'Algérois et en Oranie.
Les moyens sont très limités : quelques centaines d'hommes, peu d'armes. Le bilan humain retenu par la plupart des sources est d'une dizaine de morts, militaires et civils, Européens et Algériens. Les autorités françaises réagissent en envoyant des renforts, mais l'opinion en métropole mesure mal ce qui commence : la presse en parle peu.
Le nom de « Toussaint rouge », donné en France, vient de la coïncidence avec la fête catholique de la Toussaint. En Algérie, on parle du déclenchement de la Révolution du 1er novembre.
La Proclamation du 1er novembre
Cette même nuit, le FLN diffuse un texte adressé « au peuple algérien » et « aux militants de la cause nationale ». Cette proclamation explique pourquoi le mouvement passe à la lutte armée et fixe son but : l'indépendance nationale par la « restauration de l'État algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques ».
Le texte appelle à rassembler toutes les forces du pays au-delà des divisions partisanes, à porter la question algérienne sur la scène internationale, et propose une base de négociation avec la France. Il est également relayé depuis Le Caire.
Aujourd'hui encore, la Proclamation est considérée en Algérie comme un texte de référence de l'histoire nationale.
Après le 1er novembre : huit ans de guerre
La nuit du 1er novembre ouvre une guerre qui durera près de huit ans. Elle passera par la Bataille d'Alger en 1957, dont Ali la Pointe est devenu l'une des figures, et par la mort d'Ali la Pointe et de ses compagnons le 8 octobre 1957. Elle touchera aussi la France, avec la répression sanglante de la manifestation des Algériens à Paris le 17 octobre 1961.
Les accords d'Évian, signés le 18 mars 1962, mettent fin aux combats. L'Algérie célèbre son indépendance le 5 juillet 1962.
Comment le 1er novembre est commémoré aujourd'hui
En Algérie, le 1er novembre est un jour férié : la fête de la Révolution. Les commémorations commencent dans la nuit du 31 octobre, à l'heure symbolique du déclenchement, et de nombreuses rues et places du pays portent le nom de cette date.
La mémoire des martyrs de la guerre de libération est aussi inscrite dans le paysage d'Alger, avec le Maqam Chahid, le monument des Martyrs qui domine la baie.
Dans la diaspora, le 1er novembre est souvent l'occasion de transmettre cette histoire aux plus jeunes, à la maison, dans les associations ou sur les réseaux sociaux. Connaître les noms, les lieux et les dates, c'est aussi comprendre d'où l'on vient.
Questions fréquentes
Que s'est-il passé le 1er novembre 1954 ?
Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, le FLN a mené des actions armées coordonnées dans plusieurs régions d'Algérie et diffusé une proclamation appelant à l'indépendance. Cette nuit marque le début de la guerre d'indépendance algérienne.
Pourquoi parle-t-on de « Toussaint rouge » ?
C'est le nom donné en France, parce que les attaques ont eu lieu le jour de la Toussaint. En Algérie, on parle du déclenchement de la Révolution du 1er novembre.
Qui sont les chefs historiques du 1er novembre ?
Les six responsables de l'intérieur sont Mostefa Ben Boulaïd, Mourad Didouche, Krim Belkacem, Rabah Bitat, Larbi Ben M'hidi et Mohamed Boudiaf. Avec Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider et Hocine Aït Ahmed, installés au Caire, ils forment les « neuf chefs historiques ».
Le 1er novembre est-il férié en Algérie ?
Oui. Le 1er novembre est une fête nationale en Algérie, qui commémore le déclenchement de la Révolution.
Quelle différence entre le 1er novembre et le 5 juillet ?
Le 1er novembre 1954 marque le début de la guerre de libération. Le 5 juillet 1962 marque l'indépendance de l'Algérie, après huit ans de guerre.
Chez LaCasbah Paris Atelier, nous racontons cette histoire à travers nos créations. La collection « Un seul héros : le peuple », avec son t-shirt Ali la Pointe, son sweat et sa veste, rend hommage à celles et ceux qui ont rendu l'indépendance possible.
Sources : Herodote.net, « 1er novembre 1954, Toussaint rouge en Algérie » ; Proclamation du 1er novembre 1954, dans Textes fondamentaux du Front de libération nationale (Wikisource) ; Wikipédia, « Toussaint rouge » et « Comité révolutionnaire d'unité et d'action ».